Les tribulations du vin le plus cher de Bordeaux
Il avait réussi en quelques années le tour de force de faire gonfler le prix de son Liber Pater de 80 à 3.000 euros la bouteille. Loïc Pasquet a été condamné en 2015 pour « escroquerie »,par le Tribunal correctionnel de Bordeaux.
Le créateur, dont le vin a été distingué en 2011 par la prestigieuse R.V.F comme « découverte de l’année », a été condamné à douze mois de prison avec sursis et 30.000 euros d’amende pour avoir établi une fausse comptabilité. Loïc Pasquet avait ainsi perçu de FranceAgrimer, l’organisme public en charge des produits de l’agriculture et de la mer, quelque 600.000 euros de subventions pour faire la promotion de ses vins hors de l’Union européenne.
Loïc Pasquet devra, en outre, rembourser à FranceAgrimer la somme de 230.000 euros, correspondant à un versement de subventions en 2012. Un premier versement de FranceAgrimer de plus de 300.000 euros a été réglé par la famille du vigneron .
Selon le ministère public, Loïc Pasquet, ingénieur en matériau qui avait boosté son simple Graves, auparavant inconnu, en vin de Bordeaux le plus cher, a produit des factures par l’intermédiaire d’un partenaire financier en Chine, EuropAsia, en sachant qu’elles ne correspondaient pas aux prestations réalisées et a ainsi sciemment trompé FranceAgrimer.
Le Parquet s’est en outre étonné du contraste entre le prestige supposé et des chais peu reluisants. La présidente du tribunal a d’ailleurs fait part à l’audience de vignes à l’abandon, selon un rapport d’experts, et s’est étonnée que le siège social de la EARL Vignobles XO soit une simple boîte à lettres . L’avocat de Loïc Pasquet, a estimé, que son client avait été victime de l’incompétence de son cabinet comptable.
De plus, des problèmes de registre viticole manquant, de chaptalisation, de facturation, d’identification et de nombre de bouteilles déclarées ont également été pointés à l’audience. Loïc Pasquet, qui vend son entière production à l’étranger, notamment en Russie et en Chine, a fait sa renommée en affirmant produire un vin au goût oublié provenant de vieux cépages pré-phylloxériques. Or les Liber Pater produits depuis 2004 sont un assemblage des cépages traditionnels du Bordelais, Merlot et Cabernet.
d'après article de presse
Dans cinq ans, Liber Pater sera plus cher que la Romanée Conti.
Liber Pater est un vin de lieu et pas de cépage, c’est notre terroir unique, l'anticlinal, qui s’exprime. Liber Pater donne l’occasion d’ouvrir l’histoire du goût. Aujourd’hui, il n’y a plus de vins fins, comme les nommaient les gourmets du XIXème siècle. Le goût des grands vins a disparu après la crise phylloxérique. On en trouve la preuve dans les archives : en 1904, l’intendant du château Margaux estimait que le greffage avait fait perdre son goût à ses vins. C’est expliqué dans le livre le Goût retrouvé des vins de Bordeaux, qui a été écrit sur Liber Pater par Jacky Rigaud et Jean Rosen (qui va être publié par les éditions Actes Sud en 5 septembre prochain).
Liber Pater donne l’occasion d’avoir le vrai goût des vins que l’on avait en 1855. On ne peut pas le mettre sur l’étiquette… Mais on peut le promettre grâce à un ensemble de détails. Tout notre vignoble de 3 hectares est planté en franc de pied, avec une densité de 20 000 pieds hectares, un travail en traction animale et une culture bio. À Bordeaux, ce discours me fait passer pour un hurluberlu, un fou furieux, mais c’est un discours évident en Bourgogne.
L’idée est de faire très peu de vin. Nous produisons de 0 à quelques milliers de bouteilles par an. Il faut accepter de ne pas pouvoir soumettre tous les ans la nature, selon les aléas climatiques (le gel de 2017) et la qualité (2013 ne méritait pas de sortir).
Avec la récolte d’anciens cépages hors cahier des charges, je vais passer en vin de France cette vendange 2018. C’est aberrant, alors que ce sont des variétés historiques en adéquation avec le terroir bordelais. Grâce à l’IFV, sur le vignoble de Liber Pater nous avons planté du Cabernet sauvignon, du Camaralet, de la Carménère, du Castet, du Lauzet, du Petit verdot, du Saint macaire, du Sémillon et du Tarnais.
Pour moi, les AOC sont mortes. Ce système devient de plus en plus industriel, le vin va connaître le même sort que le fromage. Ces vins seront techniquement bien faits, mais variétaux et sans âme. Il faut lutter contre l’uniformisation et préserver le goût : cela fait partie de notre culture. Les porte-greffe ont permis de mettre n’importe quel cépage n’importe où. Alors que ce ne devrait pas être le cépage qui impose le goût, mais le terroir.
Je viens d’avoir un contrôle de l’INAO. Ils pensent que j’ai commis un manquement majeur à l’AOC, avec des hauteurs d’herbes trop importantes au niveau de la zone fructifère de mes vignes. Mais en ayant recours à la méthode ancienne de l’arcure des rameaux, je ne peux pas faire autrement. Pour l’INAO, il faudrait du RoundUp à la place de l’herbe ! Je ne vais pas lâcher dans cette affaire. J’ai déjà gagné en appel mon procès contre l’INAO sur mes densités de plantation et les accusations de chaptalisation.
C’est comme en politique : parlez de moi en bien ou en mal, mais parlez de moi. Il n’y a rien de plus horrifique que d’être transparent. Concernant les subventions de FranceAgriMer, une enquête est aujourd’hui ouverte par le parquet de Bordeaux sur le témoignage de l’importateur chinois qui m’a dénoncé. Je suis confiant sur l’issue de cette procédure. Mes clients sont des businessmen, ils ont tous des affaires avec l’administration, cela leur est égal. Pour moi, l’important c’est que le prix de la bouteille de Liber Pater continue de monter. Et que le vin soit de plus en plus apprécié. C’est ma réussite.
Et nous ne sommes pas si isolés dans le vignoble bordelais. Je peux vous dire que des grands crus classés visitent Liber Pater pour voir nos francs de pieds… Il y a une perte de diversité à Bordeaux. Je souhaite y sensibiliser les autres vignerons : on a tous à y gagner. Si deux voisins dans les Graves produisent le même merlot, l’acheteur en face choisit le tonneau en fonction de son prix. Alors qu’en Bourgogne le terroir permet de distinguer deux parcelles côte à côte.
En cours de plantation, un nouveau vignoble va émerger pour compléter la production de Loïc Pasquet. Avec 3 ha déjà plantés et 3 ha à planter, l’étiquette Denarius ne sera pas commercialisée avant plusieurs années, mais elle vise déjà un prix de vente de 300 euros. Si Liber est l’antique dieu du vin, Denarius signifie denier en latin.
d'après Vitisphére