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mes plus belles dégustations oenologiques... ou les pire
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18 juillet 2012

Un peu d'histoire parisienne

Jusqu’à l’apparition du phyloxera à la fin du XIXe siècle l’Ile de France a été  une très importante région viticole.
Si la vigne a été introduite en Gaule, au début du VIe siècle av JC, c’est dès le  Ier siècle de notre ère qu’apparaissent les premières vignes gauloises dans la région. A Argenteuil dès le IVe siècle, Julien l’Apostat, empereur romain, aurait vanté les vins de Lutèce (Paris de l’époque) et des coteaux d’Argenteuil.
Au bas moyen-age, les abbés de Saint Denis propriétaires des vignes d’Argenteuil  les exploitent avec l’aide la population locale.
Au XIIIe siècle Henri d’Andeli, clerc poète dans son poème «La bataille des vins», écrivait, que le vin d’Argenteuil jouit d’une renommée qui l’autorise à être «le plus digne d’abreuver bien le roi de France». En effet, à cette époque la qualité du cru d’Argenteuil était reconnue aux tables royales de France et d’Angleterre. Cette bataille des vins en octosyllabes de  204 vers  se déroula à la table du roi de France Philippe, c’est-à-dire de Philippe-Auguste, dont plusieurs témoignages confirment qu'il était passablement porté sur la boisson. Le roi a envoyé partout ses messagers rassembler les meilleurs vins blancs, que le poète énumère complaisamment. Un prêtre anglais, revêtu de l’étole, et dont le français fortement anglicisé est supposé produire un effet comique, excommunie les mauvais vins ou les chasse à coups de bâton. Ceux qui restent en lice ne tardent pas à se disputer la préséance et, nous dit le poète, ils en seraient venus aux mains si les vins avaient des mains.

Présentation du roi Philippe Auguste   :
      "Voulez -vous ouïr grande fable
        Qui advint avant hier sur la table
        Du bon roi qui eut nom Philippe
        Qui volontiers mouillait sa pipe
        Du bon vin qui était du blanc.
        Il le trouvait gentil et franc
        Et proclamait son amour
        Pour le bien et pour la douceur
        Que le vin possédait en lui.
        Et en buvait, même sans soif."
        
Convocation au grand tournoi des vins de France :
        "Notre roi fort courtois et sage
        Monde à tous ses messagers,
        D’aller les meilleurs vins chercher,
        Qu’il pourrait sur terre trouver."
        
    Défilé des vins :
        "D’abord manda le vin de Chypre
        Ce n’était pas cervoise d’Ypres
        Vins d’Alsace et de Moselle,
        Vins d’Aunis et de la Rochelle,
        De Saintes et de Taillebourg,
        De Milan et de Trenebourg,
        Vins de Palme, vin de Plaisance,
        Vins d’Espagne, vins de Provence,
        De Montpellier et de Narbonne,
        De Béziers et de Carcassonne,
        De Moissac, Saint-Émilion,
        Vins d’Orchaise et de Saint-Yon
        Vins d’Orléans, vins de Jargueil,
        Vins de Meulan, vins d’Argenteuil,
        Vins de Soissons, vins d’Hautviller,
        Vins d’Epernay le Bachelier,
        Vins de Cézanne et de Samois,
        Vins d’Anjoie et du Gatinois,
        D’Issoudun et de Châteauroux,
        Et aussi vins de Trilbardou,
        Vins de Nevers, vins de Sancerre,
        Vins de Vézelay, vins d’Auxerre,
        De Tonnerre et de Flavigny
        De Saint-Pourçain, de Savigny,
        Vin de Chalblis et vin de Beaune,
        Ce dernier vin n’est pas trop jaune,
        Mais plus vert que corne de bœuf,
        Le reste ne vaut pas un œuf.
        Tous vinnent en grand cortège,
        Sur la table, devant le roi,
        Et comme Dieu parle au Cygne
        Chacun des vins se fit plus digne
        Pat sa bonté, par sa puissance,
        D’abreuver bien le roi de France.
        
        Discussion et mérites vantés  Concurrents dépréciés :
        vins d’Ile de France
        "D’abord parla vin d’Argenteuil
        Qui fut clair comme larme d’œil,
        Et dit qu’il valait mieux que tous,
        " Tais-toi, bête fils de putain ",
        Lui dit le vin de Pierrefitte,
        Tu joues à ta défaite
        Car ici tes trèves sont défaites
        Je vaux beaucoup mieux que vous
        A témoin les vins de Marly,
        De Dueil, de Montmorency"

        Vin d’Ile de France
        "Sang-Dieu, dit le vin de Meulan,
        Argenteuil, je suis fort dolent
        Que tes compagnons tu méprises
        Sache que nous nous en plaignons
        Avec Sire Crouy de Saissons
        Les vins de Laon et de Tausons
        Ces vins qui passent Vermandois
        Et doivent sièger sous dais"
        Vins de Champagne
        "Epernay dit à Hautviller,
        Argenteuil veut trop ravaler
        Tous les vins de cette table"
        "Tu fais trop le connetable
        Nous passons Châlons et Reims,
        Nous ôtons la goutte des Reins,
        Nous éteignons toutes les soifs"
        Vin d’Alsace
        "Sur ses pieds saute vin d’Alsace,
        Gentil vin qui convient au roi.
        " Epernay tu es déloyal
        Tu n’as droit de parler en cour.
        Moi les peuples je secours.
        Entre moi et ma Demoiselle,
        Longue tonne de la Moselle.
        Nous secourons les Allemands,
        Nous faisons ce que nous voulons.
        Des Colognois prenons l’argent
        Dont nous nourrissons notre peuple "
        Vin de la Rochelle
        "Vous l’Alsace, vous la Moselle,
        Si repaissez le peuple d’Herr
        Moi, j’abreuve l’Angleterre,
        Bretons, Normands, Flamands, Gallois,
        Les Ecossais, les Irlandais,
        Les Norvégiens et les Danois.
        Au Danemark va mon empire
        Des vins je suis la zibeline
        Je rapporte tous les Sterlings."
        Vins du Berry
        "Chauvigny, Morichard, Lassaye
        Châteauroux et Busançais
        Montmorillon et Issoudun
        Vinrent en groupe devant le roi,
        Pour abattre la jactance
        De tous les bons vins de France"
        Réponse des vins d’Ile de France aux attaques
        "Les vins français se défendirent
        Et, courtoisement, répondirent:
        Si nous êtes plus forts que nous,
        Nous sommes savoureux et doux.
        Nous ne causons nulle tempête
        Aux coeurs, aux corps, aux yeux, aux têtes
        Mais les vins de Saint-Bris et d’Auxerre
        Mettent sur la paille leurs buveurs."

        "On voyait les vins disputer
        Et chacun sa force avirer
        Et chacun mener sa défense
        Sur la table devant le roi
        Tant et si fort, je le sais bien,
        Que s’ils avaient eu pieds et moins
        Ils se seraient entretués
        Le roi n’aurait pu l’empêcher
        Lui qui assistait au combat..."
        Le roi du blanc bien se paya
        Et chacun des vins essaya"
        Arrêt du roi
        "Le roi couronna les bons vins
        A chacun il donna un titre
        Du vin de Chypre il fit un pape
        Qui resplendit comme une étoile.
        Il fit Cardinal et légat
        Le si gentil vin d’Aquilat.
        Je fit trois rois et puis trois comtes
        Et tant il allongea son compte
        Qu’il fit douze pairs de France
        Qui du roi ont la confiance"
        Qualités thérapeutiques du bon vin vantées
        "Qui aurait un vin nommé pair
        A prix d’or ou à prix d’argent
        Sur sa table, à son dîner,
        S’en verrait fort bien arrangé
        Jamais maladie il n’aurait
        Jusqu’au jour où il mourrait"
        Conseil de Modération
        "Qui n’a pas mieux il n’a pas tort,
        Si avec femme il dort.
        Vin roturier, vin pair, vin clerc,
        Prenons le vin que Dieu nous donne."

Au XVe et XVIe siècle le vignoble argenteuillais a été fortement endommagé à cause de la guerre de cent ans.

Au XVIIIe, avec plus de mille hectares en production sur un territoire de 1 700 hectares, elle était la plus grande commune viticole de France. Les vignerons cherchaient des débouchés à cette production de masse. La récolte de 1788 s’éleva à 13. 400 hectolitres.
Depuis l’édit royal de 1776, les vignerons pouvaient vendre leur vin aux guinguettes situées aux portes de Paris. Auparavant, il était interdit depuis un arrêté du parlement de Paris de 1572 aux marchands de vin, cabaretiers et taverniers de la capitale de s’approvisionner à moins de 20 lieux ou 40 toises soit environ 88 km de cette ville. Par contre, cet édit n’abolissait pas les droits à payer pour faire entrer une marchandise dans la capitale, d’ou le dicton populaire «Le mur murant rend Paris murmurant».
 En 1790, certains députés du Tiers-États, à l’Assemblée Nationale s’en plaignirent. Nicolas Ledoux architecte de la Saline d’Arc et Senans dans le Doubs venait en effet de construire à Paris la barrière dite des Fermiers Généraux avec ses pavillons d’octroi dont il reste aujourd’hui ceux de la place Denfert-Rochereau, de la porte de Vincennes, de la place de Stalingrad et enfin du Parc Monceau.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, près de Montmartre certains des cabarets s’appelaient «Au vigneron d’Argenteuil-Marchand de vin traiteur» ou à Clamart, «P’tit pot d’Argenteuil», parce qu’on y buvait le «Piccolo» d’Argenteuil. L’arrivée du chemin de fer dans la deuxième moitié du XIXe allait être fatale à cette production car il permit la venue à Paris de vins de meilleure qualité que le «Piccolo» argenteuillais. En 1900, le phyloxera porta un coup fatal à la production.
Le dernier vigneron d’Argenteuil a cessé son activité en 2000. L’année suivante, la ville, pour maintenir cette culture traditionnelle locale a replanté des ceps de vigne.

En Seine et Marne en 1809 on produisait du vin dans l’arrondissement de Melun.

Si le village de Belleville n’a été annexé à Paris qu’en 1859 avec La Courtille, il a été un important lieu de production viticole. Au moment de son rattachement à Paris, Belleville avec 45.000  feudataires était en nombre la deuxième commune du département de la Seine  après Paris bien sûr. La colline de Belleville a connu un destin bien différent selon les siècles. Au Moyen Age, de nombreuses communautés religieuses acquirent des domaines. Elles défrichèrent, plantèrent des vignes.Déjà à l’époque carolingienne, des clos de vigne couvraient le plateau de l’ancien Belleville,  appelé alors Savies. Au XIIIe siècle, la ferme de Savies, tenue par des moines, possédait 15 hectares de vigne situées probablement, en partie, sur l’actuel parc de Belleville. Tavernes et guinguettes s’y disputèrent la place du XIVe au XVIIIe siècle. «Au Tambour Royal », 36 faubourg du Temple, le célèbre Ramponeau servait un vin issu des vignes de Belleville appelé la « Piquette ».un vin jeune, légèrement effervescent, d’où son nom, dont le sens a  depuis  bien changé. Une grande fête était organisée chaque année sur la colline, à l’occasion de Mardi-Gras. Le dernier jour du carnaval, le tout Paris venait en masse assister à la «descente de la Courtille », dirigée par Milord l’Arsouille, du nom des gargotes qui longeaient la rue de Belleville. «Le coq Hardi» ou «La Carotte Filandreuse» étaient le théâtre de beuveries légendaires. Sur cette colline, qui fut autrefois un village, une petite parcelle de 500 m2 a été replantée en 1992. Elle est composée de 160 ceps de pinot meunier et de 27 pieds de chardonnay. Ces pieds de vigne rappellent le passé viticole du quartier. C’était en effet à Belleville que l’on produisait le «guinguet», le vin que l’on boit pour danser au son des guigues, le vin qui donna plus tard son nom aux guinguettes, ces cabarets aux portes de la ville où le vin n’était pas taxé. Il était  jeune et légèrement pétillant.
Jacques Hillairet auteur du dictionnaire Historique des rues de Paris citait un dicton de 1830 qui disait : «Voir Paris sans la Courtille, c’est voir Rome sans le Pape». Des noms de rues du quartier témoignent encore aujourd’hui du passé viticole comme la rue des Panoyaux qui traversait un vignoble dit «Le Pas Noyaux» car ses raisins  étaient sans pépins (jacques Hillairet dixit).

Actuellement, on compte plus de cent vignes en Ile-de-France dont une dizaine à Paris entre autre :

- Vigne du parc Georges-Brassens : Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, un grand vignoble couvrait tout le sud du hameau de Vaugirard. On y produisait le clos des Morillons et le clos des Périchots, qui ont donné leur nom aux rues voisines.  C'est pour renouer avec cette tradition que 700 pieds de pinot noir ont été plantés en 1983 sur quatre grandes terrasses bien ensoleillées. La terre rapportée a été mélangée avec du sable de Loire et de roche calcaire qui restituent la chaleur accumulée durant la journée et permettent un drainage efficace.

- Vigne du parc de Bercy en souvenir des entrepôts.  


- Vigne de Montmartre; plantation : 1932; surface : 1.556m2; nombre de pieds : 1762
Cépages : 27 différents dont 75% de Gamay, 20% de Pinot et quelques pieds de Sibel, Merlot, Sauvignon blanc, Gewurztraminer, Riesling… production : 1.000 kilos
La vigne de Montmartre est la plus ancienne vigne contemporaine de la capitale. Dès l’époque gallo-romaine, la vigne apparaît sur le site où se développera ensuite Paris. Cette culture ne cessera de s’étendre, surtout au Moyen Age, et plus tard encore. Au 16e siècle, les habitants de Montmartre sont principalement des laboureurs-vignerons. Les vignes sont cultivées du sommet de la colline aux plaines environnantes. La vigne disparaît au 18e siècle devant l’assaut conjugué des promoteurs immobiliers et de la concurrence des autres régions viticoles françaises.
C’est en 1932 que la Ville de Paris planta ce clos  conformément aux vœux de la société « le vieux Montmartre ». Il est constitué des variétés les plus classiques des provinces viticoles de France, ainsi que d’une sélection d’hybrides vigoureux et fertiles.
Les fêtes des vendanges commencèrent à Montmartre dès 1935.
 Tous les vins récoltés et vinifiés en Ile de  France sont interdits de vente sauf au profit d'oeuvres sociales communales car il n'y a pas eu continuité de production depuis le moyen âge. C'est donc le cas pour le vin de Montmartre.

Il existe cependant deux Exceptions :
Le Clos Saint Maurice à Suresnes qui produit un blanc composé de Chardonnay et de Sémillon de qualité et de prix raisonable.
Si l’on vous demande un jour si l’on produit du vin A.O.P en Ile de France, vous pourrez répondre par l'affirmative. En effet trois communes de Seine et Marne mitoyennes avec le département de l’Aisne, Saacy sur marne, Citry et Nanteuil ont le droit à l’appellation Champagne pour 82 ha (16 ha en 1982).

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